10 janvier 2008
Maman désespérée recherche poubelle à enfants
Je m'en allais tranquillement accompagner une délégation belge à la commune de Kisenso, lorsqu'un jeune homme, Gaylord (photo), a accouru vers moi, un gamin dans les bras. Agité, il me parle en lingala en me montrant l'enfant. Il me raconte une histoire de rivière, de femmes qui crient et de nourriture, mais ma connaissance du lingala est assez limitée et je demande à me faire traduire ses propos. Résultat: Son histoire est simple, et triste à mourir... S'en allant à la rivière pour chercher de l'eau, sa femme a trouvé ce gamin enterré sur la rive. Seule la tête dépassait, une tête qui hurlait à la recherche d'aide. C'était le jour de Noël, et puisqu'on personne ne connaissait le gamin, Gaylord et sa femme l'ont rebaptisé "Moïse". Le garçon, âgé d'environ deux ans, reste provisoirement chez ce couple bienveillant, mais très jeune, et très pauvre. Pendant ce temps-là, on recherche ses parents, pour pouvoir les jetter en prison.
Cette histoire illustre tout le désespoir de familles trop nombreuses, pour lesquelles chaque nouvelle naissance représente une bouchée de moins pour leur unique repas quotidien. C'est une histoire malheureusement trop fréquente dans les zones périphériques de la capitale, ces zones d'accueil des nouveaux citadins pour qui l'image d'une Kinshasa-eldorado s'écroule bien rapidement...
08 janvier 2008
Un an: le bilan audio
Un an déjà! Waw... Il y a un an, je débarquais à Kinshasa flanquée de Gulten, Dimitri et François. La fine équipe, c'étaient les quatre premiers volontaires de la CTB en R.D.C. Nous sommes arrivés ici pleins de rêves et d'appréhensions. Un an plus tard, on a pris de la bouteille, on a connu des surprises positives mais on s'est aussi pris de sacrées claques dans la tronche... Je vous propose d'écouter l'interview que Simone Reumont a fait de nous quatre pour son émission Afrik'Hebdo, sur la Première. L'occasion pour vous d'avoir un aperçu de quatre expériences différentes. Et peut-être pourquoi pas vous mettre l'eau à la bouche et vous donner l'envie de vous lancer, vous aussi, dans l'aventure (les candidatures sont ouvertes pour le service volontaire, et c'est ICI). Quant à mon bilan personnel (et numérique), je vous en ferais part euh... dès que je l'aurai fait. Bonne écoute!
03 janvier 2008
Silence!
Le comité pour la protection des journalistes (CPJ) a rendu public son rapport pour l'année 2007. Un rapport accablant, pour cause: l'année écoulée aura été celle de tous les records depuis 1994, avec 64 journalistes tués dans l'exercice de leurs fonctions ou assassinés pour leurs articles ou pour leur appartenance à un média. 5 d'entre eux ont perdu la vie au Pakistan, 7 en Somalie, 5 au Sri Lanka. C'est l'Irak qui détient le triste record du nombre de victimes avec 31 journalistes morts au cours de l'année.
En R.D.C., on retiendra deux éléments majeurs pour l'année 2007. Il y a bien sûr l'assassinat de Serge Maheshe le 13 juin à Bukavu et celui de Franck Ngyke le 3 novembre à Kinshasa. Mais également la fermeture massive de médias au lendemain des évènements du mois de mars. Cette clôture de journaux, télévisions et stations de radio- officiellement pour manquements aux procédures administratives- a en réalité permis de passer sous silence la voix de l'opposition.
Et pourtant, la Constitution congolaise garantit la liberté de la presse et la liberté d'expression dans ses articles 27 et 28. Malgré cela, le CPJ a placé la RDC sur le triste podium des 10 pays au monde où la liberté de la presse s'est le plus dégradé au cours des cinq dernières années.
Lire le bilan de la Fédération Internationale des Journalistes
24 décembre 2007
Merry Christmas!
JOYEUX NOEL!!! Amis, famille, lecteurs connus ou inconnus, que cette année 2008 puisse vous apporter bonheur, santé, prospérité, paix et amour où que vous soyez. Une petite pensée particulière et une petite larme pour tous ceux que j'aurai du serrer sur mon coeur en cette fin d'année (vous vous reconnaîtrez), mais que ces fichus 10.000 kilomètres m'empêchent de prendre dans mes bras...
Je vous mets ci-bas le message de bons voeux d'une collègue congolaise, qui montre bien qu'à besoins différents, les voeux de Noël sont également différents. Logique, mais surprenant.
Ma famille et moi-même avons le réel plaisir de vous présenter nos meilleurs voeux de bonheur et de prospérité pour l'année 2008 qui commence. Que notre Seigneur Jésus Christ vous accorde sa paix et toutes les grâces qu'il a gardées pour vous et pour vos familles pour cette année 2008. Qu'il accorde à la RDC la paix durable sans laquelle toutes nos entreprises ne sauront générer de cash flow. Amen!!!"
20 décembre 2007
Un air de famille?
Après Armand De Decker, c'est au rejeton de Louis Michel de reprendre à titre intermédiaire les fonctions de ministre de la coopération au développement - et à l'occasion de devenir mon ministre de tutelle.
Papa à l'Europe et Fiston au fédéral pour aider à relever les pays en voie de développement, la famille Michel a décidément l'âme altruiste... En annonçant cela à mes collègues ce matin, j'avais du mal à garder mon sérieux et à leur expliquer qu'il n'y avait ni manigance politique ni corruption dans la nomination de Charles Michel à un ministère équivalent au portefeuille de son père. Phrase de clôture de la discussion par ma collègue Marie: "C'est franchement pas sérieux cette histoire... Et puis la Belgique vient nous faire des leçons de démocratie!". Et moi, je réponds quoi à ça? Quelle bonne blague!
19 décembre 2007
Verhofstadt III, action!
Il semblerait que nos chers dirigeants nous aient enfin concocté un gouvernement, histoire de ne pas nous laisser sur notre faim pour les fêtes de noël. Papy, Mamy et autres sont soulagés: on ne tirera pas un trait tout de suite sur leur plat pays. Pour ma part, je suis doublement contente: d'une part parce que cela me laisse un délai minimal de six mois avant de me retrouver sans-emploi (et oui, je suis fonctionnaire). D'autre part, parce que je n'aurais plus à subir les moqueries de mes collègues qui, entendant parler de la crise belge à la radio mais ne la comprennant pas bien, me demandent sans cesse: "mais qu'est-ce qu'il se passe dans ton pays franchement?" et qui se proposent - revanche de l'histoire - de mettre leur Kabila au poste de médiateur entre Flamands et Wallons. "Après tout Charline, on a une sacrée expertise dans le domaine des tables de négociation!". Ca, c'est sûr...
12 décembre 2007
Y'a des jours comme ça...
Il y a des jours comme ça où il faut que je me concentre très très très très fort pour me souvenir pourquoi bordel de dieu j'ai été m'enterrer dans un trou comme le Congo. Aujourd'hui, quand je me suis souvenue en me réveillant que j'allais passer mon Noël toute seule, loin de ma famille, et mon Nouvel An toute seule, loin de mes amis (qui de toute façon ont sûrement oublié jusqu'à mon existence); et bien aujourd'hui, c'est un jour comme ça...
10 décembre 2007
A chacun sa table!
"Voyez", me dit cette vendeuse dans un marché de Kimbanseke en me montrant le poisson qu'elle tient dans sa main gauche "ça, il n'y a que ceux qui ont de l'argent qui peuvent se l'acheter. Mais pour les pauvres comme nous, on doit acheter des tout petits poissons". Et de me montrer sa main droite. "Ils sont tellement petits: ça peut à peine nourrir un chat... Voilà ce que je donne à manger à mes enfants: du poisson pour chat!". Cette remarque, jetée au hasard à la mundele que je suis, m'a fait remarquer que l'on peut facilement évaluer le niveau économique d'un quartier en observant les produits que l'on y vend. A Kimbanseke et Kisenso, où les poissons dépassent rarement les 15 cm et les tomates sont souvent pourries, on y mesure le sel avec un dé à coudre, et l'ail s'y vend à la gousse. Dans les super-marchés du centre-ville, on trouve des grosses pièces poissons bien gras, les tomates s'achètent par tas de 5, le sel se vend aux 100 grammes et l'ail est présenté en grosses grappes, comme celles que l'on ramène du Sud de la France. Comme quoi ici, chacun a sa place, sa table et son repas!














